La conférence du 4 avril d'Adalberto Barreto nous amène à voir les thérapies universelles, de l'Afrique au Brésil, les thérapeutes associent des méthodes proches,
l'ob"je"t devient un élément cohérant pour amener la personne à aller mieux, à se comprendre, à faire avec le puzzle de son histoire. Amener à la personne à se poser, et à se comprendre, à
dé-passer tels ou tels vécus et à ETRE avec cela, à évoluer vers cette compréhension, vers l'estime de soi, et rester "vivant" : re-nouer avec soi-même et avec les autres, pour avoir des idées et
des projets.M H. P O N C E T
Le projet de Quatro Varas
Adalberto Barreto, qui est aussi professeur d’université, a créé, à Quatro Varas, un quartier de Pirambù, le Centre de santé mentale communautaire. L’objectif de ce projet est de faire en sorte que les favelados retrouvent confiance en eux-mêmes. Chacun a les ressources nécessaires en lui pour affronter les difficultés de la vie.
Ce projet comporte plusieurs facettes :
Tout d’abord, un programme qui s’appelle l’éveil de l’estime de soi. Des séances communautaires permettent à des favelados de chercher à l’intérieur d’eux-mêmes les ressources dont ils disposent pour dépasser leurs souffrances, croire en eux-mêmes, développer leur capacité. De plus, lors de séances de thérapie communautaire, les gens peuvent exprimer leurs problèmes. La solution n’est pas donnée par le psychologue mais par des participants qui, souvent, ont vécu des situations analogues.
La pharmacie vivante. Il s’agit de la fabrication de médicaments à partir d’herbes médicinales cultivés sur un terrain de quatre hectares. Guérisseurs traditionnels et thérapeutes populaires ont accepté de délivrer leur savoir pour mettre au point des préparations qui sont mises sur le marché à des prix très abordables. Les bénéfices néanmoins réalisés permettent de financer le projet de santé mentale communautaire. Cet exemple montre la volonté des initiateurs de ce projet de puiser dans le capital culturel de la communauté.
L’atelier d’art thérapie. Des activités spécifiques ont été créées pour les enfants délinquants, en rupture avec leur famille. L’objectif visé est de leur donner confiance en eux et de valoriser leur potentiel de création. Un atelier d’art thérapie accueille des jeunes qui ont fui leur famille alcoolique et qui ont versé dans la drogue. Ils expriment dans leurs dessins la vie quotidienne dans la favela et l’avenir qu’ils voudraient se construire. « L’art thérapie est une espèce de révélateur pour éveiller les aptitudes de chacun et mieux socialiser le jeune fragilisé et timide », affirme Adalberto Barreto. Les jeunes ont fait des expositions de dessins, réalisé un livre qui raconte toute l’histoire de la favela (Du sertaõ à la favela : de l’exclusion à l’insertion) et ils sont même venus en France pour présenter leur travail. Pour réaliser ce livre un groupe de jeunes est allé dans le sertaõ pour découvrir les racines de leurs parents. Découvrir les valeurs culturelles qu’ont connus leurs parents les aide à mieux comprendre l’environnement social et culturel de la favela.
La radio communautaire. 42 adolescents animent bénévolement une radio communautaire qui diffuse des informations sur le quartier mais aussi des informations sur la santé, la prévention du Sida, l’éducation... D’autres jeunes font partie d’un groupe de danse les B-BOYS. Leur objectif est de préserver les jeunes de la violence de la rue. Les danses simulent le quotidien des jeunes et elles dénoncent la violence et la prostitution.
Une nouvelle identité culturelle
La survie dans la favela repose sur la préservation de liens sociaux forts et sur des formes de solidarité multiples. L’amélioration des conditions de vie des favelados dépend de leur capacité à forger une nouvelle identité culturelle.
Comme l’exprime Adalberto Barreto, c’est un long travail de reconstruction de la personne : « Le travail qui est fait ici, c’est un travail d’araignée. Il consiste à tisser des liens entre les gens, des liens invisibles mais très structurants pour les gens qui vivent dans un espace de fragmentation ».
A travers cette étude de cas, on voit bien, que la recherche d’une nouvelle identité culturelle est un facteur essentiel pour sortir de l’exclusion sociale et économique.
Pour poursuivre la réflexion :
http://journalreel.info/index.php?option=com_content&task=view&id=653&Itemid=86
Ouvrages :
De l’errance à l’insertion, from Sertao to the
Favela, Projeto Quatro Varas, Universidade Federal do Ceara, 194 pages, 1999.
Un psychiatre dans la favela, Eliane Contini,
Synthélabo, 180 pages, 1995.
L’indien qui est en moi, Jean-Pierre Boyer et
Adalberto Barreto, Eds Descartes et Cie, 1996.
Documentaire vidéo :
Quatro Varas, la force d’une favela, 26 minutes, Benoît Théau et Christian Auxéméry, 2002.
extrait http://www.autresbresils.net/article.php3?id_article=1099


